Monocoques 60' autour des Iles Britanniques          
Vincent Riou vainqueur de l'édition 2007 en 9 jours 7 heures 7 minutes
Mardi 12 Juin 2007
11h20 : D-Day
 

L´arrivée d´une course est comme un débarquement : le rythme de la mer fait place à un arrêt brutal pour remettre les pieds sur le plancher des vaches. Roland Jourdain, vainqueur de la dernière édition de la Calais Round Britain Race, raconte la particularité de ces moments de rupture entre mer et terre...

« Des arrivées, il y en a des tas. Il y a un grand éventail d´arrivées disponibles... Mais quelque soit la longueur de la course, les derniers milles sont toujours les plus longs ! Une régate à la journée ou une course autour du monde, c´est toujours un peu pareil : soit tu arrives en retard au bistrot, soit tu a hâte de rentrer, soit tu n´as plus trop envie de toucher terre parce que tu es trop bien dans ton monde. C´est toujours bizarre, une arrivée. Là, pour la Calais, vu la longueur qu´a pris la course, tous les équipages doivent avoir le désir d´en finir. Il ne doit plus rester beaucoup de nourriture dans les caisses : ils doivent rêver d´une bonne bouffe !

Arriver devant, c´est quand même bon ! La bière n´a pas le même goût... Pour le second, cela dépend de tellement de choses. Comme disait Jean Le Cam à l´arrivée de la dernière Route du Rhum : « pour faire un beau premier, il faut un beau second ! ». Il faut savoir se mettre du baume au cœur, mais cela peut être amer. Il y a de superbes secondes places lorsque l´équipage s´est battu comme un chien, quand tu as bien navigué mais que ton bateau n´est pas aussi rapide que le leader, quand tu as pris un wagon au départ et que tu as remonté toute la flotte... Cela peut être aussi gratifiant d´arriver second, troisième, dixième ou plus !

Quand le premier a passé la ligne d´arrivée et que la course se joue au temps en plusieurs étapes, comme pour la Solitaire du Figaro, ça peut faire très mal ! Quand l´horloge commence à tourner, que tu vois la ligne, que le vent mollit et que le courant de marée se renverse, ça peut être terrible... Il n´y a pas pire supplice que de rester planté à quelques encablures de l´arrivée. Sur une course à points, cela n´a pas le même impact. Et sur une course comme la Calais, cela n´a pas la même importance : une minute ou une journée, cela revient au même au classement. On ne va pas se suicider !

Vincent Riou ne pourra qu´être heureux de sa victoire, Jérémie Beyou de sa seconde place après son retour spectaculaire, et Jean Le Cam de sa troisième car avec son « ancien » bateau, il a tout de même tenu la dragée haute aux nouveaux prototypes. Chacun peut tirer satisfaction de son résultat selon son programme, son projet, son bateau : une course d´avant saison rassure sur les possibilités du tandem équipage-voilier, permet de connaître ses failles, ses défauts, ses qualités, ses allures favorites, autorise des optimisations, des évolutions techniques, des entraînements spécifiques. Tu trouves toujours quelques points pour positiver. Tu as déjà fait ton autocritique avant de franchir la ligne, tu connais les instants où tu as eu un coup de mou, où tu as raté ton coup tactique, où tu n´as pas trouvé la vitesse... C´est pourquoi un débriefing quelques jours après la course est une bonne façon de faire un bilan avec un peu de recul : « on refait le match ! »

Quand tu arrives derrière, c´est parfois difficile d´affronter la terre, le regard des autres. Parce que tu peux être déçu et tu n´as pas envie de décevoir encore plus ceux qui t´ont supporté, aidé, soutenu. J´ai eu de grands plaisirs à arriver sur des transats sans être premier, parce que la navigation s´était bien passée et j´étais content de moi : j´avais donné le meilleur même si j´avais fait des bêtises. Et d´autres fois, tu as envie qu´il n´y ait personne sur le ponton... Tu veux rester dans ton moi intérieur ! Mais il faut faire bonne figure : c´est difficile à vivre. Avant d´arriver, tu peux avoir des moments de blues, mais là, ça peut être très douloureux.

Une arrivée en solitaire est bien différente d´une arrivée en équipage. L´instant est collectif, surtout s´il y a un bon résultat : il y a un partage, un échange, une connivence rare entre les équipiers. En solo, il y a une grosse bouffée de contentement égocentrique ! Et en même temps, tu retrouves les personnes qui ont participé à ton aventure, ta famille, tes préparateurs, tes proches, tes partenaires, le public... Une arrivée de Vendée Globe est très forte émotionnellement. C´est totalement surréaliste ! C´est le summum d´une arrivée. Un monde incroyable qui t´attend : tu devient spectateur d´un moment où tu es l´acteur principal... Tu es porté par la bonne humeur qui se dégage d´une telle foule, mais elle te fait un peu peur avant d´arriver. Après l´intensité de la compétition et les moments vécus pendant trois mois, c´est formidable de serrer dans ses bras sa famille, quelques instants avant d´être emporter par la vague du public. Ce n´est pas tout à fait la vrai vie : c´est une parenthèse, une belle parenthèse, mais juste un moment.

Il arrive aussi qu´on finisse dans l´indifférence générale, parce que la course n´a pas été très suivie alors qu´au niveau sportif, c´était une superbe compétition, un match intense. On est plus déçu pour le sponsor que pour nous, comme un réflexe professionnel. Quand tu as terminé une course, c´est fini. Et quand il y a trop de monde, tu ne peux plus parler vraiment avec ceux qui te sont proches. Les arrivées intimes sont souvent plus jouissives ! Quant à finir de jour ou de nuit, le plus intéressant final reste l´heure de l´apéro... On connaît le programme de la soirée. L´arrivée au matin blafard, ce n´est pas mal non plus avec le petit déjeuner. La plus dure est en milieu de journée sous le cagnard tropical ! Tu es liquéfié... Quant à la fin de nuit, elle est souvent sympa car justement plus intimiste, avec une ambiance où tout le monde t´a attendu et vit sur la même longueur d´onde...
»

 

 Archive des brèves

 Roland Jourdain :


Roland Jourdain Veolia Environnement Veolia Environnement

 Fiche technique Veolia :

  • Architecte : Marc Lombard
  • Chantier : JMV à Cherbourg
  • Matériau : carbone/Nomex
  • Longueur : 18,28 m
  • Largeur : 5,50 m
  • Tirant d'eau : 4,50 m
  • Surface de voile au près : 280 m²
  • Surface de voile au portant : 560 m²
  • Quille : pivotante
  • Gréement : mât aile pivotant

 Contact presse :

Delphine Wibaux
HAVAS SPORTS
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Delphine.Wibaux@havassports.com




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